Cinéma : « Guendalina » et « Les adolescentes », réunis pour une rétrospective « Alberto Lattuada », dans les salles, pour célébrer leur restauration en 4K.

La rétrospective de deux films d’ Alberto Lattuada, fait sont tour de France des salles de cinéma, proposant deux des quarante films du réalisateur italien, afin de les faire (re)découvrir au cinéphiles dans des versions restaurées en 4K.

L’occasion, pour nous, alors que c’est au tour du Théâtre National de Bretagne de Rennes (ville du siège de FemmeS du Monde magazine) de recevoir cette rétrospective, de vous présenter notre avis sur les deux concernés que sont « Guendalina » et « Les adolescentes ».

Démarrée le 29 juillet 2020, la tournée de la rétrospective «Alberto Lattuada », proposant, dans les salles, les deux premiers portraits d’adolescentes du réalisateur italien, que sont « Guendalina » et « Les adolescentes », à l’occasion de leur restauration en 4K (aussi appelée « Ultra HD », du fait d’offrir le double de pixels que la haute définition), arrive, à partir d’aujourd’hui – jeudi 23 septembre 2020 – et restera jusqu’au mardi 6 octobre prochain.

Alberto Lattuada était un grand portraitiste de femmes, nous ne pouvions passer à côté de l’occasion pour mettre en avant ce grand réalisateur qui nous a quitté il y a, maintenant, quinze ans, capable d’une très grande finesse dans la démonstration des émotions de ses héroïnes et qui avait la capacité de découvrir de jeunes actrices, bien sûr, très charmantes, mais, surtout, talentueuses.

Premier de ses portraits d’adolescentes, réalisé en 1956 « Guendalina » n’en est pas moins un film très réussi, et ce malgré que ce soit un autre grand réalisateur italien – Valerio Zurlini (auteur, entre autres, de « La fille à la valise », avec Claudia Cardinale, le célèbre « Le désert des tartares », adapté du grand roman de Dino Buzatti, et de « Été violent ») qui avait écrit le scenario initial mais à qui la production préféra confier la réalisation à Lattuada (Zurlini, grand spécialiste des histoires dont les jeunes sont les principaux protagonistes, tournera le « Été violent » sus-cité, en 1959, dans lequel se retrouveront bon nombre d’élément de « Guendalina »…en plus de Jacqueline Sassard, l’actrice principale de ce dernier).

Dans « Guendalina », c’est l’éveil au sentiment amoureux d’une adolescente que nous esquisse finement Alberto Lattuada, avec l’histoire de cette jeune fille de 15 ans, seule enfant d’un couple bourgeois milliardaire qui, pour tromper son ennui durant ses vacances d’été, alors que son groupe d’amis de son âge est reparti, va flirter avec le fils du maître-baigneur de la plage de son lieu de villégiature. Mais, de ce qui est, au départ, pour Guendalina un simple tue-le-temps, celle-ci va, au fur et à mesure, commencer à ressentir quelque chose de sincère et, finalement, connaître son premier amour.

Affiche française originale du film « Guendalina ».

Si l’histoire est « basique », Lattuada la rend remarquable en ne montrant pas, dans cette relation, la sensualité et la sexualité adolescente à laquelle on s’attend, non seulement, de part le jeune âge des protagonistes qui les vouent à cet manifestation « primaire » de l’amour, mais, également, par la scène d’ouverture du film, où le réalisateur nous montre un groupe de jeunes (celui de Guendalina et de ses amis) faisant une ballade à vélo, et, offrant, surtout, des plans sur la féminités naissantes des adolescentes du groupe, que ce soit leurs longues jambes nues ou leurs fesses pris dans des shorts serrés. En fait, cette scène permet de mieux montrer l’évolution de son héroïne vers une véritable maturité et des sentiments profonds. On le constate particulièrement dans ces scènes où Guendalina et Oberdan (ce « petit copain par défaut ») ont des moments d’intimité qui sont faits, non pas de sexualité mais de confidences sur les souffrances que vit chacun des deux et qui, en fait, sont semblables, avec des plans magnifiques faits de contrechamps entre les deux personnages, permettant aux interprètes de donner tout de leur talent.

A noter, pour finir, que, si « Guendalina » offrit un magnifique premier rôle à Jacqueline Sassard – dont c’était le second film -, il permit de découvrir l’excellente carla Gravina (prix du meilleur second rôle, au festival de Cannes, pour le film « La terrasse », d’Ettore Scola) et d’apprecier l’actrice Sylva Koscina – à la très impressionnante filmographie, qui donna la réplique, plus tard, à des acteurs tels que Paul Newman, Kirk Douglas, ou encore, les français Jean Marais, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo et Fernandel).

Réalisé par Alberto Lattuada en 1960 (soit quatre ans après « Guendalina »), « Les adolescentes » nous présente, cette fois, le portrait d’une jeune fille de dix-sept ans, interprétée par Catherine Spaak (dont c’était le troisième film d’une carrière qui en compta cinquante-sept, au total, parmi lesquels « Le fanfaron », de Dino Risi – avec le duo vittorio Gasmann/Jean-Louis Trintignant – et « Week-end à Zuydcoote », d’Henri Verneuil – avec Jean-Paul Belomondo) qui va découvrir les premiers émois de la sexualité.

Bien que d’une grande sensualité (le film s’ouvre sur une longue scène montrant Catherine Spaak allongée en nuisette sur son lit, sortant lentement d’un rêve érotique, avec une caméra qui s’attarde sur son jeune corps frissonnant de la sensation nouvelle qu’éprouve la jeune fille), « Les adolescentes est à mille lieux du film de voyeurisme sur la sexualité adolescente. Et même si, hélas, il eu maille à partir avec la censure de son époque, dominée par la morale religieuse avec son abondante pudibonderie, le film fut « réhabilité » trois ans plus tard pour «  la vérité et la chasteté avec lesquelles il analysait, de manière exemplaire, ce moment délicat où l’âme adolescente est au seuil de l’amour » (propres propos d’Alberto Lattuada). Cette reconnaissance donna la possibilité de représenter le film dans a version intégrale, lui redonnant l’image d’un film juste composé de scènes de fantasmes d’adolescente, qu’en avait fait, pour la plus grande ironie, la version censurée.

Affiches française d’époque du film « Les adolescentes ».

Il y a d’autres choses à dire sur « Les adolescentes », afin d’en montrer les grandes qualités. Mais cela ne pourrait se faire, à nos yeux, sans dévoiler trop du contenu du film et nous avons pour principe de ne toujours dévoiler que le strict minimum nécessaire des œuvres dont nous parlons, voire de ne rien en faire savoir, par notre plume (laissant le synopsis officiel faire son travail – et en dire bien trop, à notre goût, la majeure partie du temps). Nous n’ajouterons donc, concernant ce second film de la rétrospective « Alberto Lattuada », qu’il a notre préférence de part sa narration, son sujet, son développement, et que ce n’est pas pour rien qu’il soit resté une vingtaine d’années dans notre « cassettotèque » (à l’époque où seule existait la cassette VHS comme support pérenne possible pour le grand public).

Vous le comprendrez, cette rétrospective « Alberto Lattuada » est à ne pas manquer. Et, si vous n’avez pas la chance de la voir passer dans votre ville, alors sachez que les deux films sont ressortis dans ces versions restaurées 4K, en disques Blu Ray et Ultra HD, le 29 juillet dernier, en même temps que leur ressortie dans les salles obscures. Il n’y aura donc pas d’excuse, pour les cinéphiles, de ne pas avoir eu la chance de voir ces deux films.

Christian Estevez

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s