Littérature – Critique : « La fabrique de poupées », d’Elizabeth Macneal

A côté de la grande rentrée littéraire 2021, qui a débuté le 18 août dernier, il y a les sorties en format « poche » de la majorité des ouvrages qui constituaient la grande rentrée littéraire 2020. Et parce qu’un bon livre n’a pas de date de péremption, Nous vous proposons de (re)découvrir les romans qui ont fait le plaisir des lecteurs un an plus tôt.

Pour ce qui est de « La fabrique de poupées », écrit par Elizabeth Macneal, nous sommes dans le cas d’une absence de sortie poche (le délai d’un an étant « la base » pour passer à la publication de ce format, il n’est, cependant, pas obligatoire et un certain nombre d’ouvrages attendent des fois plusieurs années avant de pouvoir toucher un public qui, pour des raisons diverses et variées, ne fait l’achat que de livres de poche).

Et, comme nous avons beaucoup aimé « La fabrique de poupées », nous avons décidé de lui offrir une nouvelle mise en avant, au même titre que les autres ouvrages sortis pour la grande rentrée littéraire 2020, qui bénéficient, à présent, d’une édition de poche.

« La fabrique de poupées »

Autrice : Elizabeth Macneal

364 pages – Presses de la cité

Prix : 22€ (broché), 14,99€ (numérique)

Genre : Roman

Date de sortie France : 3 octobre 2019

4ème de couverture :

La liberté est une chose précieuse

Londres, 1850. L’Exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes dans le tout nouveau Crystal Palace, et les badauds se pressent pour venir admirer cette merveille. Parmi eux, Iris, modeste employée dans un magasin de poupées, à la beauté mâtinée de difformité, qui rêve de devenir artiste peintre. Et puis il y a Silas, taxidermiste amateur de macabre et de curiosités, désireux d’y exposer ses créatures. Ces deux-là se croisent, et leurs destins en seront à jamais bouleversés. Iris accepte bientôt de poser pour Louis Frost, un jeune peintre préraphaélite. Avec lui, le champ des possibles s’élargit, et le modèle, avide de liberté, découvre peu à peu l’art et l’amour. Mais c’est compter sans Silas, qui rôde non loin de là, tapi dans l’ombre, et n’a qu’une idée : faire sienne celle qui occupe toutes ses pensées, jusqu’à l’obsession…

Campée dans un Londres à la Dickens, La Fabrique de poupées met en scène la détermination d’une femme à s’affranchir de sa condition. C’est aussi un conte cruel, raffiné et résolument moderne, au suspense maîtrisé, qui explore avec une précision chirurgicale les frontières entre l’amour, le désir et la possession.

Notre avis :

N’étant pas un grand amateur des livres « épais », ce premier roman de l’écossaise Elizabeth MacNeal, intitulé « La fabrique des poupées, était mal parti, avec ses 364 pages, pour nous tenir véritablement entre les mains, sans l’envie de le lâcher où, au moins, d’en passer des grands tronçons. Cela nous était d’autant plus désappointant que nous avions solliciter l’ouvrage à son éditeur, du fait d’un quatrième de couverture qui nous régalait d’avance, tant par son sujet (une jeune fille pas vraiment dans la norme avec des personnages, autour d’elle, peu recommandables), que par son époque (la fin du XIXème siècle), et son lieu (Londres). Trois éléments que nous apprécions séparément et qui procurent un plaisir quasi indicible au « grand gothique » que nous sommes, lorsqu’ils sont réunis…mais dont on a peur qu’ils ne suffiront pas, particulièrement quand c’est au format numérique qu’il vous faut passer vos heures de lecture.

Et, par bonheur, ce que nous avions criant n’est nullement arrivé ! Pas le moindre moment d’ennui, pas de coup d’œil régulier aux bas des pages pour nous faire une estimation du nombre d’heures qu’il va encore nous falloir rester sur cette histoire, et toutes les autres petites choses qui permettent de discerner notre impatience et notre intérêt moyen pour un ouvrage de ce poids.

Pourtant, du poids, « La fabrique de poupées » en est bien pourvu, et pas juste de façon physique ! Oui, cet ouvrage pèse vraiment ! Il pèse car il vaut son pesant d’or, tant l’écriture de l’autrice (et de sa traductrice) est si précise, à l’image de ces poupées pour petites filles nanties que fabrique Iris, l’héroïne de ce roman. Plongé dans ces lignes, ce sont bien les rues (particulièrement celles malfamées) de ce Londres si typique de l’époque victorienne et qui a donné, déjà, tant de chef gouverneurs à la littérature anglaise, de la part de certains des plus grands noms de la littérature mondiale, comme Virginia Woolf, où, au moins, par des classiques tels que le « Dracula » de Bram Stocker – pour ne citer que nos favoris absolus, dans lesquelles nous traînons, pas toujours rassuré, restant sur nos gardes, mais, en même temps, tout excité de l’aventure que nous resservent ces bas-fonds londoniens, où le sordide de la condition humaine le dispute à la misère la plus crasse. Ajouter, à cela, la si réaliste condition des femmes dans cette Angleterre-là, la veulerie et la lâcheté qui constituent l’obsession et la certitude d’un individu que l’héroïne lui appartient, une patronne acariâtre…bref, tout ce que, personnellement, nous adorons détester…

Et puis, enfin, il y a cette volonté de s’en sortir, de se libérer de sa condition, tant sociale que de genre (ce qui, il est vrai, va généralement, ensemble), le combat pour faire respecter sa singularité (y compris pour le personnage de la sœur jumelle d’Iris).

Alors, avec autant de si bons ingrédients, comment ne pas réussir à avaler ce qui, étant un pavé, nous paraissait indigeste, rien qu’à sa vue ? En fait, nous nous en sommes délecté et ce, nous le rappelons, malgré ce format « tue l’amour » de la lecture, qu’est celui des fichiers numériques.

Note : 5/6 étoiles

Christian Estevez

N.B. : La critique de «La fabrique de poupées» est également disponible dans le dossier « spécial grande rentrée littéraire 2019 partie 2/2 », du numéro d’octobre 2020 de « FemmeS du Monde magazine ».

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