Goncourt des lycéens décerné à Djaïli Amadou Amal pour « Les impatientes »

L’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal a remporté, mercredi, le 33e Goncourt des lycéens pour « Les impatientes », roman poignant sur la condition des femmes dans le Sud-Sahel.

 À la suite des délibérations en classe, cinq auteurs étaient encore en lice face à Djaïli Amadou Amal: Miguel Bonnefoy (Héritage), Lola Lafon (Chavirer), Hervé Le Tellier (L’Anomalie), Maud Simonnot (L’enfant céleste) et Camille.

Djaïli Amadou Amal, 45 ans, a créé, ce mercredi 2 décembre, la surprise en remportant le Prix Goncourt des lycéens, décerné par un jury national représentant 2 000 lycéens ayant participé à l’un des prix littéraires le plus vendeur en France. Avec « Les Impatientes » (éditions Emmanuelle Collas), inspiré de sa propre vie, l’écrivaine camerounaise aborde des sujets très sensibles comme le mariage forcé et la polygamie à travers trois femmes peules.

C’est en visioconférence que le nom du lauréat a été annoncé par la présidente du jury national composé de treize lycéens élus lors des délibérations régionales du très convoité prix : « Le prix Goncourt des lycéens a été attribué à Djaïli Amadou Amal pour Les Impatientes ». Le prix est coorganisé avec la Fnac et le Ministère de l’éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports.

« Je suis très émue, plus qu’émue, je suis très sensible, a réagi la lauréate par visioconférence. Merci beaucoup à tous les lycéens. Pour moi ce prix des lycéens représente beaucoup, parce que, justement, quand on parle de violences faites aux femmes, et que ce soient des jeunes qui sont sensibles à ce sujet-là, quand on parle de mariages précoces et forcés, quand on parle de violences conjugales, physiques et morales, etc. et que les jeunes sélectionnent et choisissent ce livre pour en faire leur lauréat, en réalité, cela signifie un espoir pour l’avenir. Cela signifie que les gens sont sensibles et que cela sera donc un changement pour le monde. » 

« L’écriture est simple et touchante et sonne juste, sans lyrisme superflu. C’est un livre subtil qui permet d’observer la question du mariage forcé par le prisme de ce témoignage émouvant », a déclaré par visio-conférence la présidente du jury lycéen Clémence Nominé.

Djaïli Amadou Amal habite à Douala, au Cameroun, mais, depuis sa sélection au prix Goncourt, elle brille aussi sur les plateaux télé et radio en France, avec sa forte personnalité, son esprit littéraire et féministe . À la fin de son intervention lors de la remise du prix, Djaïli Amadou Amal a également évoqué un autre sujet cher à son cœur : « Je ne peux pas ne pas dire un mot également pour rappeler que dans le Nord-Cameroun, des jeunes, des femmes, sont tués chaque jour par des exactions de Boko Haram. Je souhaite aussi rappeler que, une semaine avant que je n’arrive en France, sept élèves d’un lycée dans le sud-ouest du Cameroun ont été assassinés par les Ambazoniens, dans la région anglophone. Et rappeler surtout que cela ne sera pas sans l’éducation et sans l’éducation des filles qu’on pourra changer le monde et qu’on pourra développer nos pays. Et j’espère d’être cette voix-là qui permettra de sensibiliser, de faire un plaidoyer pour pouvoir faire évoluer la condition des femmes et l’éducation des jeunes. »

Le roman « Les Impatientes », paru aux éditions Emmanuelle Collas, donne la parole à trois femmes peules à qui l’on ne cesse d’assener “Munyal”, patience en peul, pour leur faire accepter leur destin et sa violence induite, le mariage forcé et la polygamie.

Née dans la région camerounaise du Maroua d’une mère égyptienne et d’un père camerounais, Djaïli Amadou Amal est une combattante. Mariée à l’âge de 17 ans à un quinquagénaire qu’elle ne connaissait pas, elle parvient, cinq ans plus tard et dans la difficulté, à divorcer.

Dix ans plus tard, elle se remarie mais est victime de violences conjugales. Alors qu’elle parvient à s’échapper de l’emprise de cet homme, il kidnappe ses deux filles pour la faire revenir. Dans le même temps, elle s’accroche pour terminer un BTS en gestion, seules études que son époux l’a autorisée à suivre, même si elle admet qu’elle aurait préféré faire des études littéraires.

Dans « Les Impatientes », la romancière décrit, dans un style simple et rythmé par des phrases courtes, une société patriarcale qui brise les femmes. Et d’énumérer: “le mariage précoce et forcé comme l’une des premières violences, le viol conjugal qu’on ne veut pas reconnaître comme tel, les violences physiques et enfin la polygamie comme violence morale.”

La romancière s’attache aussi à montrer à quel point les femmes, d’abord victimes, reproduisent de manière inconsciente ces violences, que ce soit dans le cadre de l’excision ou du mariage forcé où le rôle de la mère “dans la persuasion et le harcèlement” de la jeune fille est important, selon elle. “Ces femmes n’agissent pas ainsi par méchanceté mais parce qu’elle n’ont connu que ce système qu’elles ont pour rôle de reproduire”, souligne la romancière, pour qui il faut une “prise de conscience des femmes”.

Pour aider à cette prise de conscience, elle a créé dès 2012 l’association « Femmes du Sahel », qui œuvre en faveur de l’éducation des filles de la région. Car si elle se dit “chanceuse d’être allée à l’école” et d’avoir pu faire un BTS, “la réalité est tout autre pour des milliers de petites filles du Sahel”

Kevin Negalo

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s