Iran : la footballeuse Golnoosh Khosravi dénonce des injustices liées aux sport féminin.

La jeune footballeuse iranienne Golnoosh Khosravi a dénoncé les injustices liées au sport féminin qui a été censuré dans le pays depuis plusieurs années.

Née en 2001, la star du football iranien, Golnoush Khosravi, a, dès son plus jeune âge, brillé sur les terrains. Pourtant, en 2019, cette ancienne joueuse du FC Zob Ahan Isfahan, a pris la décision difficile de quitter son pays natal pour s’installer en Turquie.

Khosravi a découvert le futsal à l’âge de neuf ans, avant de se tourner vers le football. À dix ans, elle s’entraînait avec l’équipe nationale féminine U-14 (moins de 14 ans), équipe avec laquelle elle a révélé ses talents lors d’une victoire 6-0 contre le Tadjikistan au championnat AFC régional féminin au Sri Lanka. Elle a ensuite rejoint l’équipe des moins de 19 ans et a attiré l’attention du club turc Konak Belediyespor, à Izmir, cinq fois titré au championnat de Turquie. C’est avec cette équipe qu’elle a signé son premier contrat à l’étranger en août dernier. Une décision importante puisque Khosravi allait vivre pour la première fois loin de son pays.

Désormais âgée de 18 ans et de retour chez elle depuis le début de la crise sanitaire, Khosravi a confié dans un entretien à « IranWire » que, pour réussir dans le sport iranien, les femmes doivent produire dix fois plus d’efforts que leurs homologues masculins. La raison est simple: « La couverture médiatique et l’importance accordée au sport féminin ne représentent même pas 10 pour cent de celles accordés aux hommes » a-t-elle expliqué.

Selon Khosravi, une censure excessive empêcherait la diffusion des matchs féminins à la télévision iranienne. « Quand nous suivons les règles prescrites et que nous arrivons sur le terrain avec un hijab islamique complet, pour quelle raison le match n’est-il pas diffusé à la télévision ? Cette raison surpasse-t-elle le fait que la diffusion de matchs à la télévision incite les sponsors à venir en masse aux matchs, à verser des revenus plus importants aux athlètes et à leur offrir une meilleure évolution professionnelle ? » interroge-t-elle.

Alors que de nombreuses compétitions sportives féminines ne sont pas diffusées sur les chaînes de télévision nationales en Iran, les médias nationaux sont également réticents à les couvrir. En fait, selon Khosravi, le sport féminin est confronté à un boycott efficace de la part des médias. Les responsables sportifs, dit-elle, utilisent cela à leur avantage et versent des salaires moins importants aux femmes.

« Savez-vous comment et sur la base de quels contrats les filles iraniennes participent actuellement à la ligue de football féminin ? » demande Khosravi. «Les footballeurs masculins peuvent vivre confortablement pour le reste de leur vie avec un contrat d’un an seulement. Mais qu’en est-il pour nous les femmes ? »

« Seule une poignée de joueuses de la ligue a reçu 100 millions de tomans [ $4.000] pour une saison. Les contrats des autres joueuses valent de 10 à 20 millions de tomans. Il y a des joueuses de la ligue qui n’ont pas d’argent pour s’acheter des chaussures, et viennent sur le terrain en portant les chaussures déchirées de leurs coéquipières. Résultat, la chaleur estivale leur donne des ampoules aux pieds et, en hiver, leurs chaussures sont pleines d’eau. »

« Si nos matchs étaient diffusés, même par une seule chaîne de télévision, ces problèmes s’atténueraient naturellement. Pourquoi n’avons-nous pas ne serait-ce qu’un terrain convenable pour les footballeuses dans le pays? Pourquoi certaines footballeuses doivent-elles jouer l’estomac vide? »

« Nous, footballeuses, aimons aussi conduire de belles voitures, vivre dans de grandes maisons et manger de la bonne nourriture, tout comme les hommes. Qu’est-ce qui nous rend inférieures à eux? Croyez-moi, en termes de qualité footballistique, nous sommes peut-être meilleures que certaines équipes de la Ligue 1 masculine. Mais nous sommes constamment bloquées. Nous appelons les fans de football à surveiller davantage le football féminin, car plus le public demandera à voir nos matchs et être tenu informé par le sport féminin, plus les médias seront encouragés à couvrir [ces événements]. »

Quatre décennies d’invisibilisation des exploits sportifs féminins

Ces 41 dernières années, de nombreuses représentations de femmes iraniennes en général et d’athlètes féminines iraniennes en particulier ont été censurées de manière obsessionnelle en République islamique d’Iran. Cela a poussé un grand nombre d’athlètes jeunes et brillantes à quitter le pays ou à abandonner le sport professionnel à un jeune âge.

Cette censure du sport féminin en Iran, décidée par un cercle restreint mais puissant de religieux ultraconservateurs, est grandement motivée par le désir d’empêcher les hommes de voir des femmes faire du sport. En dehors du moratoire sur l’audiovisuel, cela se manifeste de plusieurs autres manières. Le dernier exemple en date est celui d’une photo mise en ligne par « Khabar Online », un média qui a retouché l’image de la sprinteuse Maryam Tusi, en effaçant ses seins sur la photo. Alors même que Tusi portait un équipement de sport « islamique », tel que prescrit par la Fédération d’athlétisme de la République islamique d’Iran, la forme naturelle du corps d’une femme était apparemment intolérable pour les médias proches du régime.

De plus, les femmes athlètes ne sont pas autorisées à pratiquer certains types de sports parce que leur participation est jugée « anti-religieuse et anti-charia ». Cela inclut l’Alysh, ou la lutte traditionnelle à la ceinture, bien qu’il existe une équipe nationale de lutte féminine.

En 2015 et 2018, l’équipe féminine iranienne de futsal a remporté le championnat asiatique de futsal féminin. Leurs victoires n’ont jamais été diffusées à la télévision d’État iranienne, ce qui a obligé les fans à se tourner vers des chaînes illégales par satellite. Tayebeh Siavashi, alors députée de Téhéran, s’en était même attristée : « malgré un suivi important avec l’IRIB et le ministère des Sports et de la Jeunesse, la finale de l’AFC n’a pas été télévisée en raison des tenues des femmes japonaises. Les femmes iraniennes ont pu atteindre le sommet du futsal asiatique malgré toutes les difficultés et toutes les restrictions, mais pas une seule émission de radio n’a salué les efforts de ces athlètes. »

A son retour en Iran, Sara Shirbeigi, la star des buts du championnat AFC 2018, a supplié : « Soyez assurés que les matchs féminins valent également la peine d’être vus ! Nous entrons dans le match en hijab complet et je ne pense pas que la diffusion du match poserait un quelconque problème. Ma famille aurait pu le regarder. J’ai joué 15 matchs de futsal mais même mon père ne savait pas à quel poste je jouais et pensait que j’étais gardienne de but ! »

Les images des finalistes de Kabaddi féminin – une sorte de sport de contact – aux Jeux asiatiques de 2018 à Jakarta ont également été censurées en Iran, ce qui a suscité une vague de protestations après la diffusion d’images de la finale sur les réseaux sociaux.

Alors que les compétitions à l’étranger avec des athlètes féminines iraniennes peuvent être facilement censurées sous prétexte de tenues « inappropriées » des adversaires étrangers, le régime et les médias iraniens ne peuvent pas présenter cette excuse à domicile. Des compétitions nationales de tous niveaux, du football au tennis de table en passant par l’escrime, sont organisées avec des athlètes féminines en hijab islamique complet et sous la supervision des responsables de sécurité.

Le manque de couverture semble peu surprenant puisque les directeurs de l’IRIB (Radio-Télévision de la République islamique d’Iran) ont eux-mêmes expliqué ne pas pouvoir tolérer la vue de simples spectatrices dans les stades. Récemment, sous la pression internationale, le Conseil de sécurité de Téhéran a autorisé des femmes à entrer dans le stade Azadi pour regarder l’équipe Persepolis de Téhéran affronter les Kashima Antlers du Japon en finale de la Ligue des champions asiatique. Mais dans sa retransmission des 90 minutes du match, l’IRIB n’a montré aucune image des gradins où les femmes étaient assises.

Certaines athlètes iraniennes ont du mal à faire face à ce niveau de rejet de la part des médias. Mais, Golnoush Khosravi, prodige du football âgée de 18 ans, se dit déterminée. « Même si j’ai été abusée et déçue à plusieurs reprises au fil des années, je me bats encore », a-t-elle déclaré à IranWire. « Ma vie et celle de ma famille a été très difficile ces dernières années, mais il n’y a pas d’autre choix que d’avoir de l’espoir pour notre avenir.»

Kevin Negalo

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