Politique : La Turquie se retire de la Convention d’Istanbul réprimant les violences contre les femmes.

La Turquie a décidé de se retirer de la convention d’Istanbul, un traité européen protégeant les femmes contre les violences, qu’elle avait pourtant été le premier État à signer, il y a dix ans, et qui porte le nom de la plus grande ville du pays.

Recep Tayyip Erdogan est de nouveau au centre des critiques pour son mode de gouvernance autoritaire.

Recep Tayyip Erdogan l’évoquait depuis plusieurs mois, il vient de le faire : la Turquie se retire de la Convention d’Istanbul, un traité international qui engage les signataires à prendre des mesures contre les violences faites aux femmes, et qu’elle avait été la première à ratifier. Prise dans le sens des conservateurs et islamistes, cette décision inquiète et indigne, en Turquie et au-delà.Ce geste apparaît comme une nouvelle provocation du président, Recep Tayyip Erdogan, à l’égard de ses partenaires européens.

Adopté en 2011 par le Conseil de l’Europe et signé à Istanbul, ce traité international est le premier outil supranational à fixer des normes contraignantes et un cadre juridique complet au niveau pan-européen en vue de prévenir la violence sexiste, de protéger les victimes et de punir les auteurs de violences.

D’Istanbul à Izmir, en passant par Ankara, des milliers de Turques ont manifesté samedi 20 mars, pour demander au président Recep Tayyip Erdogan de revenir sur sa décision d’abandonner la Convention d’Istanbul. Elles veulent défendre ce traité international qui protège les femmes contre toutes formes de violences sexistes et sexuelles, de la violence conjugale à la mutilation génitale en passant par le viol, que la Turquie avait pourtant été la première à ratifier.

Les protestataires brandissaient des portraits de femmes assassinées et des pancartes sur lesquelles on pouvait notamment lire : « Ce sont les femmes qui gagneront cette guerre ».

« Je ne veux pas mourir. En 2017, j’ai perdu une amie d’enfance (…) tuée par son ex-petit ami. Il y a cinq mois, la mère d’une amie a été tuée par son ex », confie l’une des manifestantes à Istanbul, Okyanus Curebal. « Je suis autant en colère maintenant que je l’étais à ces époques. Vive la Convention d’Istanbul ! », lance-t-elle

Les conservateurs turcs ont affirmé que la charte nuit à l’unité familiale, encourage le divorce et que ses références à l’égalité étaient utilisées par la communauté LGBT pour être mieux acceptée dans la société.

Le retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul est « une nouvelle dévastatrice » et « compromet la protection des femmes » dans ce pays, a déploré, samedi, le Conseil de l’Europe, une organisation paneuropéenne dont Ankara est membre et sous les auspices de laquelle le gouvernement turc avait signé ce traité en 2011.

Cela « envoie un mauvais signal à l’Europe, mais surtout aux femmes turques », a estimé le ministère allemand des Affaires étrangères. « Ce recul des droits est préoccupant », a déploré le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune.

Annoncer en pleine nuit le retrait de la Convention d’Istanbul, alors que nous apprenons chaque jour que de nouvelles violences sont commises contre des femmes, a de quoi remplir d’amertume », a déclaré, de sont côté, le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, l’un des principaux rivaux de Recep Tayyip Erdogan. « Cela revient à piétiner la lutte que mènent les femmes depuis des années », a-t-il ajouté.

La Constitution et la réglementation intérieure de la Turquie seront la « garantie des droits des femmes », a assuré Zehra Zumrut Selcuk, ministre de la Famille, du Travail et des Services sociaux, selon l’agence de presse officielle Anadolu. « Nous allons poursuivre notre lutte contre la violence avec pour principe zéro tolérance » pour la violence, a-t-elle ajouté.

La violence domestique et le féminicide restent un problème grave en Turquie.

Un homme a été arrêté le 14 mars, dans le nord du pays, après la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle on le voit frapper son ex-femme dans la rue. L’année dernière, 300 femmes ont été assassinées, selon le groupe de défense des droits « We Will Stop Femicide ».

Kevin Negalo

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