Festival international « Films de Femmes » 2021 de Créteil : « Ghofrane et les promesses du printemps », de Raja Amari : quand le noir devient couleur de l’espoir.

Parmi les sections de cette 43ème édition du festival international « Films de Femmes » de Créteil, celle intitulée « Un nouveau chemin de fer » est consacré à « Ghofrane et les promesses du printemps », tout dernier film de la réalisatrice Tunisienne, Raja Amari.

Ce film étant accompagné, ce jeudi 8 avril, d’une rencontre en ligne, en partenariat avec la chaîne franco-allemande « Arte », nous avons choisi ce même jour pour vous proposer notre critique, dans le présent article.

Dans le cadre de cette édition 2021 du festival international « Films de Femmes » de Créteil (France), un partenariat avec la chaîne franco-allemande « Arte » propose, ce jeudi 8 avril, une rencontre, autour du film documentaire « Ghofrane et les promesses du printemps », entre, d’une part, sa réalisatrice, la tunisienne Raja Amari – bien connue pour ses quatre longs métrages multi-primés, à juste titre -, Ghofrane – jeune femme noire engagée politiquement, en Tunisie -, et, d’autre part, des élèves et professeurs de l’école de cinéma « FEMIS » (dont la réalisatrice du film est sortie diplômée en 1998) et de l’université Paris VIII – St Denis.

C’est en profitant de cette occasion que nous avons décidé de vous faire connaître notre avis sur ce documentaire, ayant eu la possibilité de le voir grâce à la réponse favorable de notre sollicitation au festival « Films de Femmes » de Créteil (que nous remercions chaleureusement, au passage, pour son grand soutien dans notre travail, dont une disponibilité et une promptitude à répondre à chacun de nos messages qui est assez rare pour être souligné ici).

Le synopsis :

Ghofrane est une jeune femme noire de 25 ans, incarnant par ses engagements et sa liberté d’expression l’effervescence politique de la Tunisie d’aujourd’hui. Victime de discriminations raciales, elle décide de s’engager en politique au cours d’une année électorale cruciale pour son pays.

Entre ambitions et désillusions, nous suivons le parcours de Ghofrane, dont le chemin est parfois trébuchant. Cherchant à convaincre son entourage comme les inconnus qui croisent son chemin militant, la campagne électorale de Ghofrane nous révèle les multiples visages d’un pays qui se cherche.

Le film s’ouvrant sur un tri de vieilles photos personnelles de la part Ghofrane, la principale protagoniste de ce film documentaire, la réalisatrice, Raja Amadi, nous indique, d’emblée, que c’est un portrait intime, sans fard, qu’elle nous invite. Mais, si Ghofrane nous présente son passé, au travers de ces clichés, où, justement, elle n’est pas présente, elle ne manque pas de préciser que, depuis, elle s’est « rattrapée », puisqu’ayant environ 2 000 photos sur son profil de réseau social. Cela semble anodin, à ce moment, mais, en réalité, il dit déjà, tout ce que le film veut nous faire connaître, à savoir que, si Ghofrane a été « absente » de la vie des siens par le passé, elle est, à présent, bien présente pour eux, dans cette « nouvelle société » qui est née avec le « printemps tunisien » qui a débuté le 17 décembre 2010.

En effet, Ghofrane, depuis les événements de 2010 – 2011, s’est engagée politiquement, d’abord par le biais d’une association, puis, à l’époque où débute le film de Raja Amadi, dans un parti politique en lice pour les élections présidentielles et législatives. Et « les siens », pour lesquels elle prend son destin à bras le corps, ce sont, dans un premier temps, les noirs tunisiens, toujours grandement victimes de racisme de la part de la société tunisienne, mais aussi, les femmes et jusqu’à cette société tunisienne des plus défavorisés, des laissés pour comptes, eux de la part desquels elle n’a, par contre, jamais subi le moindre racisme.

Raconter tout le parcours de Ghofrane que nous fait suivre la caméra de la réalisatrice, déroulant un tapis de « satin rouge » à son héroïne, tant elle nous la présente d’une façon si attractive – et bien au-delà du fait que Ghofrane soit une jeune femme fort jolie, mais encore plus par la volonté de faire quelque chose pour son pays, plutôt que de le rejeter du fait de ce qu’elle a subit (et subit encore) à cause de sa couleur de peau -, serait vous faire perdre l’occasion de le découvrir par vous-même, en plus de limiter le public de ce documentaire.

Ghofrane en campagne dans son quartier populaire, pour les législatives tunisienne,
où elle est 4ème tête de liste

C’est pourquoi, bien que très enthousiasmé que nous l’avons été par la personnalité lumineuse de Ghofrane, nous n’ajouterons, sur cette dernière, que ce que nous regrettons de constater chez elle, non pas pour attaquer mais pour dire notre inquiétude et ce que nous pensons être l’erreur politique de cette jeune femme, dont la sincérité ne fait aucun doute, en partant d’un élément du film qui apparaît à deux reprises (dans les toutes premières minutes et dans les dernières) et qui est la présence du livre intitulé « Devenir », de l’ex première dame des États-Unis d’Amérique, Michelle Obama. Bien sûr, Ghofrane lutte contre le racisme « systémique » dont souffrent les noirs en Tunisie. Mais, s’il n’y a, bien sûr, pas le moindre « crime » à lire cet ouvrage autobiographique de Mme Obama, cela donne une image un peu trop « communautariste » (et nous y mettons de nombreux guillemets, bien sûr) de l’engagement politique de Ghofrane. Quel dommage de ne pas trouver modèle plus inspirant qu’une femme, simplement par ce lien « fictif » et « surfait », qu’est la couleur de peau ? Une jeune femme noir qui veut faire avancer son pays n’a t’ elle pas capacité à s’identifier, à prendre comme modèle, à se sentir plus proche que Michelle Obama, juste parce que, comme elle, elle est une femme noire ? Une partie du pourquoi nous l’avons tout au long de ce film où nous comprenons bien que Ghofrane, à l’instar de son modèle, est ambitieuse (ce qui n’est pas un reproche). Mais, s’il est normal de vouloir lutter contre le racisme que subissent les sub-sahariens d’une part, et les femmes, de l’autre, nous pensons vraiment que cette jeune femme pleine d’avenir et de nobles intentions qu’est Ghofrane, devrait plutôt porter son combat sur la défense des gens de la classe sociale dont elle est issue, et qui comprend tout autant des tunisiens « de souche », hommes comme femmes, plutôt que de se ghettoïser, politiquement, ne donnant, du coup, que pleinement, l’image d’une militante communautariste, plutôt qu’une citoyenne « pleine et entière » de son pays, qui, soucieuse de la Démocratie avec un grand « D », ne fait pas de préférence identitaire pour que la Tunisie puisse connaître, non plus seulement un printemps, mais un bel été démocratique. La fin du film documentaire, hélas, nous montre que cette voie n’est pas celle que choisie Ghofrane.

La réalisatrice Rja Amari signe, avec « Ghofrane et les promesses du printemps », son premier film documentaire, mais son cinquième long métrage.

Enfin, nous finirons sur quelques mots à propos de l’aspect « technique » de « Ghofrane et les promesses du printemps », en soulignant l’excellent travail de la réalisatrice, Raja Amari, qui, une fois de plus, démontre son talent de narratrice, de « révélatrice » du cœur et des pensées de la femme tunisienne dont la vie, dans une société violemment patriarcale, est, à la fois, un combat et une résistance de tous les instants. Raja Amari sait nous faire éprouver de l’empathie pour ses héroïnes et elle le démontre, une fois encore, par ce premier film documentaire de sa carrière.

Christian Estevez

Lien vers le film documentaire et accès à la rencontre en ligne :

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