Le Conseil de l’Europe annule sa campagne polémique intitulée « La liberté dans le hijab ».

Une campagne « célébrant la diversité » par le slogan « la liberté dans le hijab », lancée la semaine dernière par le Conseil de l’Europe, a provoqué une grosse polémique en France, conduisant l’organisation à faire machine arrière.

Une campagne lancée la semaine dernière par le Conseil de l’Europe « célébrant la diversité » et « la liberté dans le hijab » a suscité une levée de boucliers en France. Les portraits de jeunes femmes de cette campagne ont été retirés ce mardi 2 novembre par l’organisation, sensée être la vigie des droits de l’Homme sur le continent.

Lancée jeudi dernier par le Programme pour l’inclusion et la lutte contre les discriminations du Conseil et cofinancée par l’Union européenne, cette campagne proposait des portraits de plusieurs jeunes femmes voilées sur une seule moitié de l’image.

Un message en anglais indiquait notamment : « Beauty is in diversity as freedom is in hijab » (« La beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab »).

Passée dans un premier temps relativement inaperçue, la campagne a fini par déclencher une vive polémique, de toute la droite au gouvernement, mais également de personnalités politiques du parti socialiste. « L’islam est l’ennemi de la liberté. Cette campagne est l’ennemie de la vérité », a tweeté l’éditorialiste, journaliste, essayiste et putatif candidat à la prochaine élection présidentielle française, Éric Zemmour, dénonçant un « jihad publicitaire ».

« Cette communication européenne en faveur du voile islamiste est scandaleuse et indécente alors que des millions de femmes se battent avec courage contre cet asservissement », a lancé de son côté Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national.

« Il ne faut pas confondre la liberté religieuse, avec la promotion, de facto, d’un signe religieux », a tancé Gabriel Attal à la sortie du Conseil des ministres ce mercredi, réaffirmant que le gouvernement français n’était « pas en accord » avec cette démarche « à l’opposé de la liberté de convictions que la France défend dans toutes les enceintes européennes et internationales », par principe de Laïcité.

Mercredi, c’est au tour du ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, de critiquer cette campagne. « Ces tweets n’ont rien à voir avec l’application du principe de laïcité en France », a-t-il fait savoir à l’occasion de la séance des questions au gouvernement au Sénat. « Il y a une différence de taille entre défendre la liberté de conscience, de religion, entre le fait de mener une lutte déterminée contre les discriminations et, d’autre part, faire de la part d’une institution comme le Conseil de l’Europe la promotion active d’un signe religieux ou vestimentaire particulier », a poursuivi M. Le Drian.

Au parti Les Républicains (LR), la campagne a généré de fortes réactions. Valérie Pécresse, candidate à l’investiture du parti pour la présidentielle de 2022 et présidente de la région Île-de-France, a fait part, dans un tweet, de sa « stupeur », estimant que le voile n’était « pas un symbole de liberté mais de soumission ». L’un de ses concurrents à l’investiture, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, a dénoncé une « promotion du voile islamique » et une « négation de nos racines judéo-chrétiennes ». Le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, a, quant à lui, estimé que le Conseil de l’Europe promouvait « ouvertement la soumission aux mœurs islamistes ».

La campagne a également fait réagir à gauche, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol – ancienne ministre des droits des femmes et soutien à la candidature présidentielle d’Arnaud Montebourg – estimant dans un post : « Rappeler que les femmes sont libres de porter le hijab (dans le respect des lois de chaque État membre, en France celle de 1905 et 2004) est une chose. Dire que la liberté est dans le hijab » revient à « en faire la promotion ». L’ancien premier ministre et ex-membre du Parti socialiste Manuel Valls a, lui, jugé la campagne de lutte contre les discriminations « choquante, ahurissante et dangereuse ».

Sur le fond, ce coup de pression de la France sur l’organisation européenne traduit une opposition entre la conception française de la laïcité et le modèle multiculturel, soit la coexistence de plusieurs cultures, à l’œuvre dans certains pays européens et, surtout, dans la culture anglo-saxonne (pas étonnant que le texte de cette campagne est été écrit en anglais, alors que la langue du conseil de l’Europe est le français).

Joseph Kouamé & Christian Estevez

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